Crise globale, réponses locales

Inouï et inédit, le choc provoqué par l’épidémie de Covid-19 a mis une bonne partie des entreprises réunionnaises à genoux. Il a aussi généré de multiples initiatives pour répondre aux urgences sanitaires et alimentaires. Leader Réunion vous propose un panorama non exhaustif de cette « économie de guerre sanitaire » qui s’est spontanément mise en place.

Il y aura un avant et un après-Covid 19, à la Réunion comme partout ailleurs. Même sans visibilité aucune sur l’issue de la crise sanitaire dans notre île – ces lignes ont été écrites le 8  avril – il est évident que l’économie réunionnaise sortira profondément meurtrie de cet épisode inédit. De longs mois, voire plusieurs années seront sans doute nécessaires pour que certains secteurs s’en relèvent. La convalescence sera plus rapide pour les moins affectés mais dans tous les cas des remises en cause plus ou moins profondes seront inévitables.

Les premières semaines de confinement ont démontré les capacités d’adaptation des entreprises, des plus petites aux plus grandes. En quelques jours, notre île a dû s’adapter à des contraintes très différentes de celles d’un cyclone. À quelques exceptions près, nous ne manquions pas de produits, mais de moyens de les vendre et de les acheter. Spontanément, de nouveaux circuits sont apparus : des circuits courts, s’appuyant ou pas sur les connexions numériques, dont la pertinence restera intacte quand le virus aura cessé de nous menacer.

La question de l’autonomie alimentaire devra également être posée avec force : jusqu’à quel point la Réunion peut-elle se permettre de dépendre de l’extérieur pour son approvisionnement ?

Masques pays

Le confinement a aussi généré de multiples initiatives pour répondre aux urgences sanitaires. Alors que l’industrie du rhum a mobilisé ses outils et ses stocks pour fabriquer des solutions hydro-alcooliques pour le nettoyage des mains, c’est le monde de l’économie sociale et solidaire qui, le premier, a relevé le défi de combattre la pénurie de masques médicaux.

« Dès le début du confinement, nous avons commencé à fabriquer des masques en tissu, explique par exemple Véronique Galbois, responsable des Ateliers Chantiers d’Insertion Audace, soutenus par la Dieccte, à La Plaine-des-Cafres. Depuis, nous avons une vingtaine de personnes au travail, dans un bâtiment de 800 m2. Nous fabriquons quotidiennement 500 à 600 masques, sur commande ». La Dieccte a autorisé les salariés d’Audace, titulaire de contrats de travail de 24  heures hebdomadaires, de travailler jusqu’à 35 heures s’ils le souhaitent.

À Saint-André et Saint-Gilles-les-Hauts, l’association Ti Tang Récup a fait de même, en lien avec une plate-forme de centralisation des commandes mise en place par l’Union régionale des structures d’insertion par l’activité économique. « La couture est un de nos supports d’activité, précisait début avril sa responsable, Sylvie Bruno, nos deux ateliers tournent à plein régime pour fabriquer plus de 1 000 masques par jour ». Ti Tang Récup s’est appuyée sur le réseau de la Cité des Dirigeants pour mettre au point un modèle répondant à la norme Afnor, trouver la matière première et obtenir l’homologation des autorités médicales. Pendant les semaines de confinement, la solidarité aussi tourne à plein régime !

La grande distribution face au Covid-19

Les enseignes de la grande distribution ont dû prendre des mesures drastiques pour se conformer aux règles de précautions sanitaires, pour leurs personnels comme leurs clients. Tour d’horizon.

« Même si l’on fait moins de chiffres qu’en temps normal, nous avons la chance de pouvoir travailler, écouler nos stocks et payer nos salariés ». Directeur général de Carrefour à la Réunion, Amaury de Lavigne rappelle que la grande distribution alimentaire n’était pas le secteur le plus impacté par la crise sanitaire, après trois semaines de confinement. Il égrène la longue liste des dispositions qui ont été prises en urgence dans ses magasins, comme dans ceux de ses concurrents, pour assurer la poursuite de l’activité : gel hydro-alcoolique et gants fournis à tous les employés, protection des caisses, mises en rayons dès 4 h 00 du matin pour éviter trop de contacts entre employés et clients, nettoyage permanent des terminaux de paiement, des barres de caddies et des paniers, roulement dans les salles de pause pour assurer une traçabilité si un cas venait à se déclarer, limitation des contacts entre livreurs et agents de réception des marchandises, mise en veilleuse de certains stands de vente à la coupe pour privilégier les produits pré-emballés… Et bien sûr filtres à l’entrée, avec distance de sécurité dans les files d’attente, pour maintenir à bas niveau l’affluence dans le magasin. « Nous avons bénéficié de l’expérience de nos confrères métropolitains, puisque l’épidémie est arrivée sur l’île avec un léger décalage », souligne Amaury de Lavigne.

« Zéro gaspillage » aux champs

Les pénuries constatées ont surtout été provoquées par le réflexe de surstockage bien connu de la part des consommateurs réunionnais en temps de crise. Les difficultés d’approvisionnement de produits importés ont principalement concerné des articles frais acheminés par avion, mais pas de produits de première nécessité et peu de besoins qui ne puissent être couverts par la production réunionnaise. Dans les rayons fruits et légumes, la raréfaction de la production locale d’oignon et d’ail s’est rapidement faite sentir mais les enseignes ont très vite cherché à compenser la fermeture des marchés forains en élargissant l’éventail de leurs fournisseurs habituels. Leclerc a notamment lancé dès le 3 avril l’opération « Zéro gaspillage » pour éviter que des agriculteurs n’aient à jeter leur production. Chouchous, salades, ananas et autres bananes ont ainsi trouvé preneurs à bon prix. Pour les petites quantités les producteurs ont pu livrer directement les magasins.

Pour les enseignes, les principales difficultés sont à venir. « Les opérations promotionnelles sont compromises à partir du mois de mai, estimait début avril Ajaguy Permale, du groupe Excellence. Ne sachant, à cette heure, quand la crise se terminera, il n’est pas simple d’arbitrer dans les commandes qui doivent être passées aujourd’hui pour être réceptionnées dans plus d’un mois ».

Le drive rationné

En attendant, certaines enseignes qui ne l’avaient pas encore adoptée ont commencé à expérimenter la formule du drive. Dès le 10 avril, Leclerc a lancé une offre de 15 paniers à commander et récupérer sur place. Des magasins, comme le U Express de Saint-André, ont testé brièvement une formule de commande au téléphone, avec remplissage du panier en direct par un employé !

Vindémia, dont quatre hypers proposent un service de drive depuis plusieurs années, a pour sa part du faire face à une vague énorme de commandes. « Le mouvement a commencé le week-end précédant le confinement, quand tout le monde a compris qu’il était inéluctable, témoigne Fred Hoarau, directeur du Jumbo de Duparc. On a vu les commandes doubler, voire tripler en nombre et doubler en prix, principalement pour des produits de première nécessité ». Alors que la vague de cesser de grossir et que ses équipes ne pouvaient plus suivre, le groupe a décidé d’« aplanir la courbe » en prenant une mesure radicale, début avril : les commandes en drive sont préparées directement dans les entrepôts portois de la Saprim et ne peuvent concerner qu’un éventail de quelques dizaines de produits de première nécessité, appelé à s’élargir à mesure que la situation se détendra.

Dans la longue liste des dispositions exceptionnelles prises par les distributeurs pour limiter, autant que faire se peut, les contraintes pour leurs clients les plus fragiles ou exposés, celle de Promocash est enfin à signaler. L’enseigne de gros du groupe Caillé a ouvert son accès aux catégories professionnelles les plus mobilisées par la crise : personnels soignants et professions médicales, gendarmes, pompiers… sur présentation de leur carte professionnelle.

Plexiglas anti-contagion : des solutions pays

Plusieurs entreprises ont lancé en urgence une fabrication de parois en plexiglas pour protéger les comptoirs de caisse, dans la grande distribution comme le commerce de proximité.

« Dès le début du confinement, nous avons pensé à nos clients habituels, témoigne Pépito Ortega, gérant de la société Bien Vu, à savoir les pharmacies et le monde médical en général ».

L’entreprise de Sainte-Clotilde, dont l’atelier se trouve à Sainte-Marie, fabrique depuis quatre ans et demi des enseignes et des équipements de signalétique, avec des matériaux qui lui ont permis de concevoir rapidement son « Hygiapharm ». Cette paroi en plexiglas n’est pas à proprement parler un hygiaphone, mais plutôt une paroi de protection séparant client et personnel de vente et d’encaissement, se posant directement sur le comptoir sans nécessiter de fixation.

« Début avril, nous en avions déjà livré plus de 800, poursuit Pepito Ortega et notre fabrication se poursuivait sur nos trois tables de découpe numérique ». Rapidement, diverses activités commerciales ont été intéressées et ont passé commande à Bien Vu pour protéger leur personnel : des boulangeries, des stations-service, des grandes surfaces pour leurs stands de vente en magasin…

Protéger la « première ligne »

Komèt Studio a imaginé une solution de protection de caisse.

Une toute jeune entreprise a également imaginé une solution de protection de caisse : Komèt Studio, créée il y a deux mois par Laélia Troubat et accompagnée par Qualitropic. Si son objet est la mise en point d’un biomatériau local a sollicité des fournisseurs de plexiglas pour fabriquer deux modèles de parois protectrices, dont la commercialisation a débuté le 6 avril.

En parallèle, Komèt a répondu à l’appel à projets d’urgence nationale lancé par le gouvernement en proposant de fabriquer et livrer gratuitement 200 parois protectrices au corps médical de première ligne (hôpitaux, centres de tests…). De plus la jeune entreprise a lancé une cagnotte en ligne sur leetchi.com afin de trouver des moyens supplémentaires de livraison gratuite.

Les visières, à défaut de masques

La pénurie de masques médicaux a incité des entreprises locales à se lancer dans la fabrication de visières protégeant l’ensemble du visage. Les modèles proposés ont rencontré un grand succès !

Basé à Sainte-Marie, l’enseigniste Empreinte Locale a lui aussi participé à l’équipement des grandes surfaces en parois de protection des caissières en plexiglas.

« Nous avons ensuite créé des parois amovibles pour des pharmacies et diverses activités de service quand l’Adir nous a demandé de réfléchir à des visières, pour anticiper la pénurie de masques, relate Marc Mangin, gérant de l’entreprise. 

Nous sommes partis du principe de la visière de jardinage, puisque nous disposions d’un stock important de feuilles de plexiglas d’un millimètre d’épaisseur, pouvant se galber. Nos techniciens ont mis au point un système de fermeture réglable, à crans, derrière la tête. Le prototype initial était inconfortable, l’Adir nous a mis en relation avec Isoplast, le fabricant de matelas qui nous a fourni en bandes de mousse assurant le contact avec le front ».

Dès la fin mars, 7 000 visières sortent de l’atelier de Sainte-Marie. Trois palettes de feuilles de plexiglas sont commandées en urgence par avion, permettant la fabrication de 7 000 unités supplémentaires. 2 000 ont été offertes aux hôpitaux publics, aux Ehpad et à la fondation Abbé Pierre. Les autres sont vendues 28 euros, avec un tarif dégressif en fonction du volume.

« On se réapprovisionnera comme on pourra », explique Marc Mangin début avril.

La version souple de Bourbon Bâches

Au Port, François Charbonneau a mis à profit ses trente années d’expérience professionnelle dans le façonnage des matériaux souples pour imaginer un modèle de visière en PVC transparent, en stock dans son entreprise Bourbon Bâches, qu’il venait de fermer pour cause de confinement. « J’ai commencé à bricoler et fini par trouver une solution correcte, dit-il. Mauvilac m’en a commandé 200, j’ai offert trois prototypes à un cabinet médical qui a fait circuler l’information dans son réseau. Une demi-heure après, la machine s’est emballée, j’ai passé un week-end entier à répondre à tous les mails de commande ! ».

Il rappelle ses salariés, 600 visières sortent de son atelier dans la semaine du 30 mars, un millier la semaine suivante. François Charbonneau a aussi mis au point un modèle pour casque de chantier, qui pourrait contribuer à la reprise du BTP. Même l’ARS est venue lui en acheter 50 exemplaires, pour protéger le personnel inspectant les passagers à l’arrivée, à l’aéroport Roland-Garros !« Ma production était à l’arrêt depuis le 17  mars, je vais pouvoir payer mes salariés », se félicite le chef d’entreprise.

Pénurie de gel hydro-alcoolique : les distilleries à la parade

Isautier a puisé dans ses stocks pour fabriquer du gel hydro-alcoolique, Rivière du Mât et Savanna ont fourni de l’alcool à Mascarin et Chatel qui ont également lancé leur production.

Les solutions hydro-alcooliques servant à se désinfecter les mains ont, ces jours-ci, un léger parfum de rhum à la Réunion. L’odeur est volatile et disparaît rapidement, mais trahit l’origine du produit : c’est bien l’alcool issu des distilleries locales qui a permis de fabriquer en urgence un produit qui avait disparu des rayons du commerce et des pharmacies dès les premiers jours de la crise sanitaire.

« Tout a commencé par un appel du Conseil départemental me demandant si la distillerie était en mesure de fabriquer du gel hydro-alcoolique, retrace Jérôme Isautier. J’ai trouvé la recette de l’OMS sur Internet, commencé à faire le tour des vendeurs de produits chimiques pour trouver le peroxyde d’hydrogène (de l’eau oxygénée) et le glycérol nécessaires à la recette. C’est finalement le CHU qui nous a fournis de quoi lancer un premier test de fabrication grandeur nature de 2 000 litres de solution, intégrant notre alcool à 95,6°. Nous avons ensuite été dépannés par la SCEA Sandhy, qui avait un petit stock de péroxyde d’hydrogène pour son activité de production sous serre. Mauvilac n’avait plus de glycérol en stock mais de Paris, Nassir Goulamaly a pu en trouver et nous l’envoyer en urgence. Fin mars, nous étions armés pour fabriquer 90 000 litres de solution. Les salariés de la distillerie ont été rappelés, nos chaînes ont commencé à conditionner le gel dans des bouteilles de rhum d’un litre… et les commandes ont commencé à pleuvoir ».

Après avoir épuisé son stock de bouteilles d’un litre, la distillerie Isautier a commencé, le 20  avril, à puiser dans celui de ses magnums d’1,5 l et pourra atteindre une production totale de 120 000 litres. Au 7  avril, Isautier avait déjà 85 000 litres en commande. Le Département et le CHU, les professionnels de santé et diverses institutions mais aussi des groupements d’employeurs et l’île de Mayotte, via les Fazsoi, sont ainsi approvisionnés.

Stock de bouteilles limité

Au Port, Mascarin a pour sa part mobilisé sa ligne de conditionnement de sirops pour lancer, fin mars, la fabrication de 40 000 litres de solution hydro-alcoolique. L’alcool provient de la Distillerie Rivière-du-Mât, qui appartient comme Mascarin au groupe La Martiniquaise.

« Le décret qui autorise les pharmaciens comme les industriels à fabriquer du gel hydro-alcoolique stipule qu’ils n’ont pas le droit de la vendre aux particuliers, précise Frédéric Auché, le PDG de l’entreprise portoise. Notre production a permis d’approvisionner le CHU, les infirmiers libéraux via un distributeur, des entreprises… Nous avons interrompu la fabrication quand notre stock de bouteilles a été épuisé, mais s’il le faut nous trouverons des solutions pour continuer ».

La Réunionnaise des Rhums, qui possède la distillerie de Savanna et la marque Rhum Charrette, a quant à elle annoncé le 26  mars la mise à disposition de 11 000 litres d’alcool en vrac à haut degré auprès des pharmacies et des hôpitaux réunionnais, permettant la fabrication de près de 25 000 litres de solution hydro-alcoolique. « Un stock de 20 000 litres supplémentaires d’alcool a été réaffecté pour approvisionner ces prochaines semaines les besoins les plus urgents des professionnels de la santé, de l’entretien et des administrations », précisait le groupe présidé par Alain Chatel.

La Distillerie Chatel s’est également impliquée dans l’effort collectif de solidarité, en lançant le conditionnement de gel hydro-alcoolique fabriqué avec l’alcool de Savanna. « Nous avons répondu à la sollicitation de Claude Marodon, qui avait centralisé les besoins de divers pharmaciens, explique Julie Chatel, responsable commerciale et marketing de l’entreprise familiale. Après avoir obtenu l’autorisation de production par la préfecture, nous avons conditionné nos  9000 premiers litres début avril. Nous nous sommes battus pour trouver du peroxyde d’hydrogène et du glycérol, nous produirons tant que nous aurons des matières premières. Le conditionnement se fait en fonction de la demande : litres à rhum ou bidons ».

Daniel Moreau : « La crise démontre le rôle crucial de la production locale »

Président de l’Adir et de l’Arifel, Daniel Moreau est en première ligne depuis le début de la crise sanitaire. Il a fait un point avec Leader Réunion début avril.

Quelles ont été les priorités de l’ADIR, quand le confinement a été institué le 17 mars ?

D. M. : « Notre première priorité a été d’accompagner nos entreprises, notamment celles du secteur agroalimentaire, pour qu’elles puissent continuer à approvisionner le marché. Pour cela, il nous fallait au préalable assurer la sécurité de nos salariés. L’Adir a ainsi fait émerger différentes solutions d’équipements de protection, en suivant les recommandations de l’Association nationale des industries agroalimentaires. Nous avons notamment mis en relation Empreinte Locale et Isoplast pour mettre au point un modèle de visière (voir pages suivantes), informé nos adhérents de la mise en fabrication de masques par diverses associations, comme Ti Tang Récup et l’ACH, et de la production de gel hydro-alcoolique par nos alcooliers. De plus, nous travaillons actuellement sur des solutions locales de fabrication industrielle de masques ».

Sans préjuger de l’évolution de la situation, comment envisagez-vous la suite de la gestion de la crise ?

D. M. : « Le sujet majeur reste la préservation de la bonne santé de nos personnels. Chaque entreprise a mis en place un plan de continuité des activités, en essayant d’identifier les risques si la situation empirait. Nos capacités de production sont préservées à court terme, il n’y a pas de crainte de pénurie. Par obligation, l’industrie réunionnaise maintient en règle générale ses stocks à un niveau élevé pour tenir compte des aléas climatiques, sociaux ou portuaires. Le principal point de vigilance concerne nos approvisionnements en intrants, qui pourraient connaître des retards en raison de la perturbation des lignes maritimes. À Royal Bourbon Industries, par exemple, nous avons commencé à prendre des contacts avec Singapour et l’Afrique du Sud, au cas où nos fournisseurs d’emballages habituels feraient défaut ».

Quelles ont été les priorités de l’Arifel après la fermeture des marchés forains ?

D. M. : « Nous avons accompagné la mise en place de nouvelles voies de commercialisation, notamment en ouvrant le site www.fruitsetlegumesdelareunion.re, début avril. Cette plate-forme numérique, sur laquelle les producteurs de toute l’île étaient invités à s’inscrire, a été imaginée pour offrir aux consommateurs la vision la plus complète des fournisseurs présents sur leur secteur, ainsi que des informations sur le prix de référence de chaque produit pour éviter la spéculation. L’Arifel a également demandé aux grandes surfaces d’élargir leurs achats aux petits producteurs, au-delà de leurs contrats avec les coopératives, et aux transformateurs de se mettre à la disposition des producteurs éprouvant des difficultés d’écoulement.

Au moment où je vous parle, nous recherchons avec les maires des solutions pour permettre l’installation, au-delà des micro-marchés, de bazardiers à proximité des grands axes de circulation, suffisamment espacés les uns des autres pour ne pas créer de rassemblements ».

D’ores et déjà, quels enseignements sont à tirer de cette crise inédite ?

D. M. : « La crise sanitaire démontre, s’il en était besoin, le rôle crucial de la production locale et la nécessité de développer encore l’autonomie alimentaire et industrielle de la Réunion. Sur un territoire éloigné et densément peuplé comme le nôtre, c’est indispensable et je souhaite une grande mobilisation dans ce sens, dès le retour à la normale. Je l’ai d’ailleurs demandé dès le 1er avril à Annick Girardin, quand la ministre des Outre-mer a échangé avec les téléspectateurs sur Antenne Réunion. »

Jérôme Isautier : « Retrouver le courage des pionniers »

Entre deux urgences, Jérôme Isautier a livré ses premières réflexions sur la crise sanitaire à Leader Réunion.

« La bonne volonté est générale pour y faire face, dit-il. J’ai évidemment, à cet instant, une pensée pour Maurice Cérisola : nous jouons groupés. Je suis notamment touché par les efforts des couturières qui fabriquent des masques. L’heure est à l’entraide et au sens de la responsabilité ».

« C’est du choc de la Deuxième guerre mondiale, et du blocus qui a provoqué de grandes privations, qu’est né le concept d’import-substitution, poursuit l’industriel sudiste. Il nous faut retrouver le courage des pionniers des années 60 et 70 pour ne plus laisser échapper notre capacité de production, faire en sorte que la production locale permette de faire face à une crise alimentaire ou sanitaire.

À la fin de la crise, il y aura une rupture qui peut faire naître des opportunités. Je pense notamment à nos plantes médicinales : il faut accélérer la recherche pour identifier les médicaments que l’on pourrait en retirer. »

Formation professionnelle : au pied du mur de la digitalisation

Paralysé par le confinement, le secteur de la formation professionnelle met en place en urgence des solutions d’enseignement à distance. GEM Formation prépare ainsi 60 demandeurs d’emploi aux métiers du libre-service.

Captures d’écran Gem Formation.

Le choc du confinement est rude pour les entreprises de formation professionnelle. Du jour au lendemain, elles ont dû remercier leurs intervenants et demander à leurs stagiaires de rester chez eux. Quelques rares structures ont pu relancer une activité de formation à distance. C’est le cas de GEM Formation, qui avait ouvert le chantier de la digitalisation il y a deux ans et disposait déjà d’outils quasiment opérationnels. Une formation « Employés de libre-service », dans le cadre d’une Préparation opérationnelle à l’emploi financée par Pôle Emploi et l’Opco des Entreprises de Proximité, a ainsi pu redémarrer après seulement une dizaine de jours d’interruption.

« Nous avons refait toute l’ingénierie de la formation, sur la base d’une plate-forme numérique sur laquelle nous avions déjà commencé à travailler, et former nos formateurs, explique Thierry Fayet, cogérant de GEM, également président honoraire de la Fédération de la Formation Professionnelle de la Réunion. À côté de cette plate-forme sur laquelle peuvent être déposés des supports écrits ou vidéo, nous avons fait le choix de constituer des classes virtuelles pour nos 60 stagiaires, qui peuvent être répartis en sous-groupes ».

« Les stagiaires nous ont avoué leur appréhension avant le premier cours en distanciel, témoigne Adèle, une des formatrices La première journée passée, ils étaient tous rassurés. Tous ont trouvé des solutions pour participer au cours, se familiariser avec les outils et trouver des solutions aux problèmes de connexions ». « Nombre d’entre eux ont découvert et appris une nouvelle utilisation de leur smartphone, ajoute Guillaume, un de ses collègues. Nous devenons également des formateurs à l’utilisation des supports numériques ! Nous ne pouvons maintenir l’attention pendant 7 heures par jour en face d’une webcam : en confinement à domicile, les stagiaires ont leur famille, leurs enfants et donc plus de mal à se concentrer. Nous avons décidé de séquencer la journée avec des travaux pratiques d’une ou plusieurs heures, pouvant être réalisés individuellement ».

L’opération fait évidemment l’objet d’un contrôle strict. Les financeurs doivent être en mesure de vérifier que le lien est bien maintenu avec chaque apprenant, ainsi que le temps de formation dont il a bénéficié. « Nous allons capitaliser sur cette expérience pour l’étendre à d’autres domaines du tertiaire, poursuit Thierry Fayet. Il est évident qu’après la crise sanitaire, la formation professionnelle à distance ne va pas remplacer le présentiel, mais nous réfléchissons d’ores et déjà à la digitalisation partielle des formations en situation de travail, où le geste professionnel est primordial ».

L’horticulture sinistrée

La décision préfectorale d’autoriser l’ouverture des jardineries comportant un rayon « alimentation animale », prise le 8 avril, n’a que très partiellement répondu aux attentes du secteur de l’horticulture. Dès le 3  avril, l’Union des horticulteurs et pépiniéristes de la Réunion avait lancé un cri d’alarme. En raison du confinement et de la fermeture de nombreux points de vente, la perte globale du secteur était estimée à 6,1 millions d’euros à fin avril et dépasserait les 11 millions fin mai, passées les périodes de Pâques, du 1er  mai et de la fête des mères, qui génèrent habituellement de fortes ventes. Licenciements et liquidations semblaient inévitables, dans l’horticulture, après trois semaines de confinement.

L’UHPR soulignait également les nombreux impacts à long terme sur le calendrier de culture, l’occupation des capacités de stockage des producteurs rendant impossible le renouvellement des plantations : l’absence de certaines références dans le courant de l’année est à prévoir, redoute l’organisation socio-professionnelle. Parmi les solutions proposées, l’UHPR demande la déclaration du département de la Réunion en état de catastrophe naturelle, afin d’obtenir le remboursement des pertes d’exploitation.

Intersport soutient les infirmiers

Intersport Réunion a décidé fin mars d’offrir 200 T-shirts à l’Union Régionale des Professionnels de Santé Infirmiers de l’océan Indien. En coton et lavables à 60 °C, ils garantissent une élimination totale du Covid-19 au lavage, conformément aux prescriptions gouvernementales. Les infirmiers avaient adressé un appel à l’aide aux entreprises réunionnaises pour les aider à s’équiper de vêtements adaptés à l’exercice de leur métier en cette période de crise sanitaire. En effet, appelés à visiter des patients à domicile au quotidien, ils sont en première ligne de cette lutte contre le coronavirus. Le changement régulier de tenue permet de protéger leur patientèle et leur famille en réduisant le risque de propagation du virus, mais lors de leurs déplacements chez les patients, ils portent des vêtements ordinaires qui ne peuvent être lavés à haute température.

Du gel hydro-alcoolique pour les étudiants nécessiteux

Deux unités mixtes de recherche de l’Université de la Réunion se sont mobilisées, dès le début du confinement, pour produire 240 flacons de gel hydro-alcoolique qui ont ensuite été distribués aux étudiants les plus démunis via les épiceries solidaires des campus du Moufia et du Tampon. En parallèle, ces deux laboratoires (PIMIT, Processus Infectieux en Milieu Insulaire Tropical, et DéTROI, Diabète athérothrombose Thérapies Réunion Océan Indien) se sont unis « pour constituer une task force locale en soumettant un projet flash à l’Agence Nationale de la Recherche, visant à développer une thérapie innovante qui permettrait de limiter les complications pulmonaires du Covid-19 », annonce l’Université.

Inovista suspend les loyers des entreprises en difficulté

Spécialiste de l’immobilier d’entreprise à la Réunion, Inovista a annoncé dès le 26  mars la mise en œuvre de la suspension des loyers pour les entreprises en difficulté. La mesure avait été encouragée par Emmanuel Macron lors de son allocution du 16  mars. Le 23, avait été votée la loi d’urgence habilitant le gouvernement à prendre, par ordonnance, des mesures permettant « de reporter ou d’étaler le paiement des loyers au bénéfice des très petites entreprises dont l’activité est affectée par la propagation de l’épidémie ». Sans attendre la parution du décret d’application, qui devait rendre éligibles à cette mesure les entreprises dont l’effectif est inférieur à 10 personnes et dont le chiffre d’affaires ou le total du bilan annuel n’excède pas 2  millions d’euros, Inovista a décidé de l’appliquer. La société suspendra pour les entreprises qui en font la demande, les loyers d’avril, mai et éventuellement juin 2020 selon la durée du confinement. Ces échéances seront reportées, sans pénalité, à partir du mois de juillet 2020, avec une reprise progressive des paiements pour aider l’économie réunionnaise dans son redémarrage. En parallèle, afin de soutenir les bailleurs dont la trésorerie se trouverait grevée par le non-encaissement des loyers, Inovista propose de les accompagner dans leurs démarches bancaires de suspension et de report des échéances de remboursement

Le chiffre : 46 750

C’était le nombre de salariés réunionnais placés en chômage partiel, selon les chiffres communiqués par la préfecture, à la date du 7 avril. 5 725 entreprises avaient fait une demande d’activité partielle. À la même date, 297 demandes de report de charges fiscales avaient déjà été demandées, pour un montant global de 8,7  millions d’euros. D’autre part, 6 000 demandes de report de cotisations de retraite représentaient un montant de 7  millions d’euros.

Près de 4 000 employeurs du régime général avaient demandé un report de paiement de leurs cotisations sociales, pour plus de 17  millions d’euros, ainsi que plus de 8 400 travailleurs indépendants, pour près de 8  millions d’euros.

Dossier réalisé par Bernard Grollier.

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