Liberté de la presse dans l’océan Indien : le classement de Reporters Sans Frontières

Reporters Sans Frontières a publié fin avril son classement 2020 de la liberté de la presse dans le monde. Les îles de l’océan Indien apparaissent entre la 54ème et la 75ème place, sur 180 pays. Madagascar (54ème) et Maurice (56ème) obtiennent une note quasiment équivalente. Les Seychelles, 63ème, progressent de six places. La situation se dégrade en revanche aux Comores depuis le retour au pouvoir du président Azali.

Maurice : « Certains sujets restent difficiles à traiter »

« Maurice demeure un territoire où les journalistes peuvent être condamnés à de la prison ferme pour des publications jugées d’outrage à l’ordre public, souligne le rapport de RSF. En 2018, des amendements à la loi sur l’information et les télécommunications ont considérablement durci l’arsenal législatif. Ils permettent désormais de sanctionner de peines de prison les auteurs de contenus en ligne “contrariants” ou “dérangeants” et, à quelques mois des élections législatives, ils pourraient être utilisés pour intimider les journalistes les plus critiques. S’il n’existe pas de climat hostile envers les médias, certains sujets touchant notamment au tourisme, à la corruption, aux communautés ou à la radicalisation religieuse restent difficiles à traiter, voire tabous. En septembre  2017, trois journalistes du quotidien L’Express avaient été interpellés par la police après la publication d’une affaire de blanchiment d’argent impliquant l’ex-ministre de la Justice. »

Madagascar : médias sous influence

« La précarité des journalistes et des médias malgaches les rend particulièrement vulnérables à l’influence des hommes d’affaires et des responsables politiques qui possèdent de nombreux organes de presse, estime Reporters Sans Frontières. L’élection présidentielle remportée fin 2018 par l’ex-leader de la transition Andry Rajoelina a confirmé la très forte politisation des médias locaux et notamment de la presse écrite. La quasi-totalité des titres ayant pris parti pour l’un ou l’autre des principaux candidats, l’accès à une information neutre et indépendante a été fortement limité. Des patrons de presse ont ensuite été nommés au gouvernement. Certains événements officiels sont réservés aux médias et aux journalistes proches du pouvoir. Après plusieurs années de procédure, le journaliste Fernand Celo, nommé au prix RSF 2017, qui avait été arrêté après des révélations compromettantes sur les autorités judicaires et politiques de sa région, a enfin été blanchi par la justice en 2019. Sur le plan légal, le code de la communication adopté en 2016 fait référence au code pénal pour statuer sur les délits de presse, menant potentiellement à une criminalisation de la profession. Il prévoit de lourdes amendes pour des infractions allant de l’outrage à la diffamation et à la divulgation de « fausses nouvelles », délit très imprécis et supprimant le droit à l’erreur des journalistes. La corruption, notamment dans le secteur des ressources naturelles ou de l’environnement, reste un sujet difficile à traiter. »

Comores : un recul alarmant

« Agressions, arrestations, intimidations, censure… une vague d’atteintes à la liberté de la presse, inédite ces dernières années, s’est abattue sur les journalistes comoriens en marge du référendum constitutionnel controversé de 2018 et de l’élection présidentielle de 2019, déplore RSF. Le pays qui faisait plutôt figure de bon élève sur le continent africain a perdu 26 places au Classement mondial de la liberté de la presse depuis deux ans dont 19 au cours de la seule année passée, soit la deuxième chute la plus importante de l’édition 2020.

La crise du coronavirus a valeur de test pour évaluer si cette série noire n’était qu’une parenthèse liée à un contexte socio-politique mouvementé. Les premiers signaux envoyés par les autorités sont inquiétants et démontrent que les tentatives de mettre la presse au pas se poursuivent. »

Seychelles : les réflexes d’autocensure se dissipent

« Aux Seychelles, la pluralité de la presse et son financement sont limités par la taille et la démographie de l’archipel, souligne le rapport de RSF. Les réflexes d’autocensure liés à des décennies de régime unique communiste et d’un contrôle étroit de la presse se dissipent peu à peu, faisant place à une diversité d’opinions et à une plus grande liberté éditoriale pour les journalistes. Le gouvernement garde cependant la mainmise sur la seule chaîne de télévision du pays et sur les deux radios qu’il possède. Les médias privés, souvent engagés politiquement, ont tendance à délivrer une information orientée. Les autorités cherchent avant tout à protéger l’image de paradis touristique du pays, rendant très difficile le traitement critique des sujets qui y sont liés. »

Pierre Live

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